La NASA à ciel ouvert

03 novembre, 2014 novembre 3, 2014

Le Carrefour Numérique² a accueilli le week-end des 12 et 13 avril 2014 la manche parisienne du troisième Space Apps Challenge, un hackathon international organisé à l’initiative de la Nasa. Cinq équipes pluridisciplinaires ont planché sur des thèmes proposés par l’agence spatiale américaine, qui espère montrer à travers cet événement que l’espace fédère toujours.

La NASA à ciel ouvert

Voilà un événement qui a dû plaire à la présidente d’Universcience, l’ancienne astronaute Claudie Haigneré : la troisième édition du Space Apps Challenge, un hackathon organisé à l’initiative de la Nasa qui se déroule simultanément dans plusieurs dizaines de villes. Le Carrefour Numérique² co-organisait avec Numa, un espace de co-working et incubateur d’entreprise, la manche parisienne le week-end des 12 et 13 avril, sous le regard du totem surplombant l’entrée du Fab Lab, une navette fabriquée à partir de claviers d’ordinateur.

Cinq équipes pluridisciplinaires de quatre à six personnes ont planché sur un des challenges proposés par la Nasa autour de cinq thèmes : la robotique, les technologies liées à l’espace, les voyages spatiaux, l’observation de la Terre et les astéroïdes. L’objectif, produire des applications open source pertinentes pour répondre aux besoins planétaires applicables à la vie sur Terre et dans l’espace. Il fallait bien le renfort du Fab Lab, ce lieu destiné à fabriquer (presque) n’importe quoi pour donner forme aux idées qui ont germé durant ces quarante-huit heures.

 

S’il y avait une personne de la Nasa, cela tuerait tout !

Les projets développés faisaient le graspaceappschallenge02nd écart, entre plan sur la comète et objectifs plus raisonnables. Proposer une alternative à moins de 1000 dollars aux satellites à 160 millions de dollars, voilà en résumé l’ambition de la première équipe, Swarm Xplorer, explorateur en nuée. La nuée ne serait pas constituée d’abeilles mais de smartphones envoyés dans l’espace pour y prendre des photos. Trop déconnecté ? Olivier Grossat, un des coaches, président d’un club de robotique et qui donne des cours d’impression 3D, n’est pas de cet avis. C’est une approche low tech à 180 degré de ce qui se fait. Pour faire avancer la recherche, il faut proposer de nouveaux concepts qui vont être adaptés. Benoît Parsys, un participant d’une autre équipe, renchérit : C’est ludique, cela bouscule le train-train de l’industrie. On en envoie cinquante, si quarante crament mais que dix font le job, c’est déjà ça. C’est tout l’enjeu du “think out of the box” 1. S’il y avait une personne de la Nasa, cela tuerait tout !

 

spaceappschallenge04Benoît a travaillé sur un projet plus modeste avec son équipe « de geeks » : un Rover, du nom du robot mobile envoyé sur Mars en LEGO capable d’éviter des obstacles. C’est à but éducatif surtout, précise-t-il. Déjà impliqué l’année dernière, il n’avait pas poursuivi le premier projet, mais une partie du travail a été récupéré cette année.

Comme dans la plupart des hackathons, le suivi des projets développés dans le cadre du Space Apps Challenge est l’exception. La Nasa attribue bien des prix mais sans garantie de soutien derrière. Les retombées sont d’autant moins palpables que la recherche spatiale s’inscrit dans le long terme, comme l’expliquait Michel Viso, chercheur au Centre national d’études spatiales (CNES), partenaire de l’événement : une mission spatiale prend entre cinq et vingt ans à développer. Si des choses intéressantes, efficaces, intelligentes ont été développées, on verra dans cinq ou dix ans. Le spatial n’est pas de la technologie ni de la science instantanée.

spaceappschallenge01Pourtant, les retombées sont réelles et pas uniquement sous forme d’astronautes : L’année dernière, il y a avait une visualisation des apports de la conquête spatiale au quotidien, c’était époustouflant, se souvient Benoît : dans la téléphonie, les satellites…

Beaucoup plus ambitieux, l’équipe Ast1 entend carrément sauver la planète bleue, menacée par un très vilain astéroïde. 99942, surnommé The Killer, pourrait entrer en collision avec la Terre dans les décennies qui viennent. La solution ? Tout simplement forer l’ennemi au cœur de fer et y implanter un moteur à propulsion ionique pour le dévier de sa trajectoire. L’équipe comptait parmi ses membres un trio d’élèves de l’école supérieure d’architecture (ESA), qui a envoyé dix étudiant·e·s en tout. Crevé·e·s mais heureux·ses : Bosser pour la Nasa, c’est un peu le job de rêve, lance Cyrus. Et ça nous sort de l’architecture. On a appris à bosser à fond en équipe. Kevin souligne aussi l’intérêt de rencontrer d’autres profils.

Une serre à spiruline, de Mars à Haiti

Leurs camarades de l’équipe Hexafield voyaient loin aussi, jusqu’à Mars, avec leur serre à spiruline, une algue très nutritive. Comme les autres participant·e·s , ils sont soumis à la question : Combien cela coûterait ? Et la stérilisation ? Bottage en touche amusé : ben en fait, on est trois architectes et un designer…

Les élèves se sont portés volospaceappschallenge03ntaires à la suggestion de deux enseignantes enthousiastes. Marie Aquilino et Yasmine Abbas connaissent bien la bidouille : la première a mis en place un séminaire intitulé « Make » et la seconde un enseignement baptisée « Makers et Développement ». Les deux travaillent dans des contextes difficile : Haiti pour la première, Agbogbloshie, la décharge de déchets électroniques d’Accra au Ghana pour la seconde. Et de Mars aux pays en crise, il y a un petit pas. La question de fond, c’est comment amener une serre dans un environnement extrême ? Et comment traduire la high tech dans le low tech ? À l’école, nos pratiques sont très artisanales. Ces travaux pourront être réinjectés ailleurs, explique Marie. Les deux enseignantes soulignent aussi l’importance de les ouvrir à d’autres formes de travail, en équipes pluridisciplinaires, et dans la fabrication, le concret, avec un peu de pression.

Plus low tech plus abouti aussi, le cinquième projet, de l’équipe Salade, est un jeu en ligne pour rendre l’histoire des progrès spatiaux de la Nasa davantage pédagogique, nommé « Space agencies ». On est venu pour s’amuser, on s’est bien amusés, résume Nicolas, un ingénieur mécanique embarqué à bord avec d’autres ami·e·s passionné·e·s d’espace. Poursuivre le projet ? Pourquoi pas mais pas ce soir !, lance-t-il en rêvant non pas d’étoiles mais d’une bonne nuit de sommeil.

Si ce projet n’a pas gagné le vote du public, qui a préféré la serre et le phonesat, il pourrait tout à fait être développé par la Nasa pour communiquer. Confrontée à une baisse de ses budgets, elle doit montrer que l’espace est un enjeu aussi important autant que du temps de la Guerre froide, quand les deux blocs s’affrontaient à coups de navettes. Le Space Apps Challenge ne challenge pas que le public mais l’institution en elle-même, dans sa capacité à s’ouvrir au grand public pour poursuivre son développement.

À voir : le Tumblr des équipes francophones

Sabine Blanc

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