Portraits d’utilisateurs en résidence LivingLab

16 février, 2016 février 16, 2016

Joëlle Lefort, une institutrice qui sait piquer l’intérêt des élèves

 

Portrait LivingLab

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Peggy Sue, une héroïne du cinéaste américain Francis Ford Coppola, retourne dans le passé à ses années lycée. Avec Joelle Lefort comme institutrice, on aimerait tou·te·s être rétro-propulsé·e·s à l’école primaire pour construire, avec elle, des robots animaux.

Ne vous fiez pas aux apparences. Joelle n’est pas tombée dans la marmite de la robotique étant petite. Elle s’est formée avant de pouvoir transmettre ses connaissances à ses petit·e·s élèves. Abonnée au compte Twitter du Carrefour numérique², elle voit passer l’annonce d’une journée de formation. J’ai voulu tout apprendre pour être dans la même situation que mes élèves. Nous sommes en 2013. Le Labo du Lutin et le Carrefour numérique² proposent aux enseignant·e·s de s’initier à la robotique avec les Lego Mindstorm. Elle se jette à l’eau. Seule enseignante dans le groupe composé d’une dizaine de personnes, tous animateur·trice·s TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement), elle accroche difficilement. Je n’ai pas tout compris à la programmation ce jour là, mais j’ai entrevu la formidable plus-value pédagogique de ce type d’outil lorsque la formatrice nous a raconté son expérience dans une école, avec des CM2 : réaliser un animat (phasme robotique) qui reproduisait les comportements de fuite et de déplacement de l’insecte. Ça fait « tilt ! » dans la tête de Joëlle qui décide de fabriquer des robots imitant les abeilles.

Petite précision. Joëlle est institutrice mais aussi… apicultrice. Elle a trois ruches en forêt d’Ermenonville. D’où lui vient sa passion des abeilles ? Peut-être de Maya, une héroïne de son enfance ? C’est sûr, Joëlle est amoureuse des animaux et de la nature, elle est membre de L’Agrion de l’Oise, une association des Amis de l’Insectarium de Picardie. Mais difficile de partager sa passion des abeilles avec ses élèves, les vraies étant parfois piquantes.

Avant de se lancer, elle s’inscrit à un hackathon, toujours au Carrefour numérique². Là, Épaulée par trois élèves ingénieurs complètement fous, elle apprend à programmer le robot Nao. De retour dans sa salle de classe, elle est remontée à bloc. En 2014, Joëlle est fin prête pour construire des robots abeilles avec ses élèves en CM1 de l’école élémentaire Louise Michel à Creil. Les élèves se sont d’abord exercé sur des robots coréens réputés pour être plus faciles d’accès. J’ai directement commandé des kits au constructeur. Ils ont passé cette étape haut la main, alors j’ai mis en place des ateliers Lego Mindstorm. En parallèle, les élèves dessinaient les robots, se documentaient sur le comportement des abeilles…, explique Joëlle.

En quelques mois, les CM1 construisent et programment cinq robots au comportement différent : reine, exploratrice, butineuse, gardienne, maçonne, ouvrière.

Au printemps 2015, c’est l’heure pour Joëlle de récolter le miel de son projet original. Lors de la 5ème édition de la Journée de l’innovation, organisée par le ministère de l’éducation nationale, elle remporte un prix sur le thème « Le numérique au cœur des apprentissages et dans la relation pédagogique ».

Pour autant, Joëlle n’a pas pris la grosse tête et cette année, avec les Savanturiers, ses élèves en CM2 vont aider une peluche tétraplégique à recouvrer l’usage de ses membres. Toujours habituée du Carrefour numérique², Joëlle quitte tous les mois la Picardie pour venir à Paris aux ateliers robotiques.

 

Si le Net m’était conté

lenetExpliquer le fonctionnement du net grâce à une pièce de théâtre, c’est le pari un peu fou d’Il était une fois l’Internet, actuellement en représentation au Carrefour numérique² jusqu’au 31 décembre 2015.

 

Data, une petite porteuse de paquet, vit dans l’Internet. Son travail consiste à livrer de mystérieux paquets entre sa box et de grandes tours serveur, en passant par des routes en forme de tunnels où elle circule à la vitesse de la lumière. Elle est heureuse mais se pose beaucoup de questions. À qui livre-t-elle ces mystérieuses boites et que contiennent-elles ? Contrairement à ce qu’on peut croire, il ne s’agit pas du synopsis du dernier Disney, mais de l’histoire d’Il était une fois l’Internet, une pièce de théâtre d’Élodie Darquié et Maryse Urruty.

Aujourd’hui tout le monde utilise Internet sans vraiment s’en rendre compte explique Élodie. Avec Maryse, on avait envie d’écrire une pièce autour du numérique et on s’est dit que ça pourrait être une bonne idée d’expliquer comment le réseau fonctionne concrètement. Pas si évident quand on se rend compte de la complexité du système numérique qui nous entoure. Il faut pouvoir expliquer à des bouts de chou de huit ans ce qu’est un routeur, un modem, un paquet de données et comment tout ça permet aux internautes de se connecter à YouTube ou Wikipédia.

Jetpack et troll face

Pour réaliser ce tour de force, le spectacle évite justement le jargon technique et transpose intelligemment un monde fait de câbles, d’ondes wifi et d’adresses IP, à la manière d’un film Pixar (nos deux auteures avouent en avoir regardé un paquet pendant la phase d’écriture). Un serveur devient un grand immeuble et un routeur, un rond point dans lequel des personnages choisissent la route la plus rapide en fonction du trafic. Les ondes wifi se transforment en surfeurs équipés de jetpack tandis que les paquets transitent sur des tapis roulants et contiennent des rubans lumineux pleins de 0 et de 1.

Le spectacle n’en devient pas simpliste pour autant et il faut s’accrocher pour intégrer l’ensemble de ces éléments. Heureusement la mise en scène à la fois simple et efficace fait passer toutes ces informations très facilement. Derrière Maryse qui incarne avec énergie une dizaine de personnages aux styles et aux voix bien différentes, un écran projette des décors dynamiques et interactifs donnant un véritable aspect cartoon à l’ensemble. Très rapidement, les détails techniques laisse la place à l’histoire, bien ficelée et intrigante. Les adultes, quant à eux, en profiteront pour repérer les petits clins d’œil à la culture web, comme la moustache de Mario ou la célèbre troll face, laissées ça et là.

Le résultat se voit à la fin de la séance quand les deux auteures vont à la rencontre de leur jeune public. En général, les enfants adorent les personnages et l’histoire, explique Maryse. Tout à l’heure, j’avais pleins de petites filles qui se demandaient pourquoi le personnage de Data est si curieuse, et ce qui la motive. Ça n’est pas très grave s’ils ne comprennent pas tout l’aspect technique, pour la simple et bonne raison qu’ils ont l’habitude de ne pas tout comprendre. Les questions qui restent permettent la mise en place d’échanges collectifs et ils peuvent deviner ensemble tout ce qui leur a échappé pendant le spectacle.

 

David-Julien Rahmil

A propos des Living Lab

Expérimenter les technologies

Les living lab sont des espaces fixes ou itinérants offrant de nouveaux services pour imaginer de nouveaux dialogues entre les sciences, la médiation et les publics. Conçus par des ingénieurs, des chercheurs, artistes ou designers, ces technologies émergentes « grandeur nature » sont expérimentées et évaluées par les utilisateurs finaux pour en interroger leur portée sociale, culturelle ou environnementale. Cette démarche vise à impliquer le public dès le début de la conception de produits ou de méthodes et à le rendre acteur dans l’amélioration et le développement de ces services.

Les Living Lab inmédiats

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