Retour sur l’aventure d’Echosciences Grenoble

02 juillet, 2012 juillet 2, 2012

A l’occasion de la plénière du mercredi 4 juillet à la Maison des Sciences de l’Homme, Laurent Chicoineau fait le point sur le projet d’Echosciences Grenoble. Où l’on découvre que ce nom cache plus qu’un site mis en ligne en mars dernier…

Comment mieux faire connaître toutes les actions menées sur l’agglomération grenobloise pour partager et diffuser les connaissances scientifiques ? Comment rapprocher tous ceux qui s’impliquent dans ces activités ? Comment réussir à mobiliser encore plus d’habitants, et notamment les jeunes de 15 à 25 ans, sur les questions d’innovation, de création, de développement durable et de recherche ? Comment avoir une vision d’ensemble, renforcer le maillage et la mutualisation sur un territoire sans casser les dynamiques existantes – au contraire, en renforçant les capacités d’action de chacun ?

C’est à l’ensemble de ces questions que le CCSTI Grenoble s’est attaqué, dès le début de l’année 2011, avec un soutien fort des collectivités territoriales et tout particulièrement de Grenoble Alpes Métropole. En effet, aucune initiative de cartographie du territoire métropolitain en matière de culture scientifique n’avait jusqu’alors été entreprise. Répondre à ces questions de manière efficace et durable nécessite alors un changement profond de positionnement de la part de l’équipe de la Casemate.

Familiers des dynamiques de “mise en réseau”, notamment à l’échelle régionale avec la tentative historique de création d’un réseau Rhône-Alpes de CCSTI, nous étions très vigilants quant à l’approche “descendante” consistant à identifier d’abord une “tête de réseau” puis à faire graviter en cercles concentriques plus ou moins proches les autres acteurs. En 2011, le modèle du maillage territorial, ce n’est plus le modèle hiérarchique, vertical, de l’organisation du pouvoir, mais celui, horizontal, des réseaux sociaux tels qu’ils se développent sur internet. Pour de nombreux analystes, comme l’économiste américain Jérémy Rifkin, ce pouvoir “latéral” permettrait même d’initier de nouveaux modes de production et de consommation plus durables, signant l’avènement d’une “troisième révolution industrielle”.

Exit la tête de réseau, bonjour la communauté ! Le CCSTI décide donc d’expérimenter une nouvelle manière de faire du lien social à l’échelle d’un territoire en se mettant au service d’une communauté d’intérêts et de pratiques autour du goût pour les sciences et les innovations. Sans rejeter les institutions, la démarche se veut non institutionnelle. Elle s’adresse prioritairement aux individus : ceux qui font la science, la diffusent, en parlent, la partagent…comme ceux qui s’y intéressent, de manière professionnelle ou pour leur plaisir. En deçà des enjeux institutionnels, des prises de position, ou des approches différentes de la mise en culture des sciences et des innovations, nous proposons de créer des outils et des moments d’échange et de rencontre pour tous ceux qui se reconnaissent dans cette communauté “d’amateurs de sciences” – amateur étant entendu au sens de “celui qui aime”, pas la définition qui l’oppose à professionnel.

Il y a un peu plus d'un an, la plénière d'Echosciences Grenoble...

Il y a un peu plus d’un an, la plénière d’Echosciences Grenoble…

Telle est la vision que nous proposons le 21 février 2011 devant 60 personnes conviées à la Métro pour initier cette communauté. Tout est à construire, de manière ascendante et collaborative. De cette première assemblée plénière naissent trois groupes de travail : sur les publics distants, sur l’échange de bonnes pratiques et sur la création d’un site web. Le fonctionnement de ces groupes est assez libre, chacun peut y participer quand il le souhaite, et un wiki est rapidement ouvert pour permettre à tous de suivre à distance les discussions et contributions. La création du nom de baptême de cette communauté se déroule de manière collective et ludique. Avec le support méthodologique du cabinet Ixiade, nous engageons un processus de création partagée, à travers sondages web, réflexions sur nos valeurs communes et séances de créativité pour déboucher sur l’appellation “Echosciences Grenoble”.

En pleine séance de créativité

En pleine séance de créativité

L’Observatoire des publics

Première interrogation partagée par tous les acteurs : mieux connaître les personnes qui participent aux activités proposées et toucher plus d’habitants, notamment “ceux qui ne viennent jamais” et qu’on qualifie souvent de “publics distants”. Cette volonté commune s’est traduite par la mise en oeuvre d’un “Observatoire des publics” qui a mené deux démarches en parallèle. D’abord, nous avons élaboré un questionnaire commun, centré sur la détermination du profil des publics, qui a été diffusé de février à mai 2012 auprès d’une dizaine d’équipements culturels de l’agglomération, et dans les manifestations événementielles régulièrement organisées comme la Semaine du cerveau.

Un exemplaire du questionnaire

Un exemplaire du questionnaire

Des séminaires sur les publics dits éloignés ou encore distants ont été organisés sur la même période en partenariat avec le GRESEC (1) avec pour objectif de permettre aux professionnels de la médiation culturelle de partager une réflexion commune sur cette question. Le premier, intitulé « La non maîtrise de l’écrit et de la lecture serait-elle un frein pour l’accès à la culture » donnait la parole à Marie-Christine Bordeaux, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Stendhal et Madjid Boubaaya, responsable de la vie culturelle de l’Ecole de la deuxième chance de Grenoble, Voiron, Vienne. Pour le second, « Territoires et publics : une offre culturelle concentrée dans les centres urbains : quelles actions dans les territoires éloignés ?« , Marie Sylvie Poli, professeur à l’Université d’Avignon et Jean-Luc Parel, délégué à l’action régionale, réseau Rhône-Alpes des CCSTI confrontaient leurs expériences et points de vue.

Jean-Luc Parel, Caroline Bouvard (Ville de Pont-de-Claix) et Marie Sylvie Poli lors du deuxième séminaire

Jean-Luc Parel, Caroline Bouvard (Ville de Pont-de-Claix) et Marie Sylvie Poli lors du deuxième séminaire

Les résultats seront discutés lors de la prochaine assemblée plénière de la communauté Echosciences Grenoble, le 4 juillet à partir de 11 heures à la Maison des Sciences de l’Homme, sur le domaine universitaire. Comment ré-investir ces résultats et les informations glanées lors des séminaires ?

Le Forum des projets

Second type d’attentes, partagées par bon nombre de membres de cette communauté, l’aide au financement et au montage de projets. En période de crise, rien de moins facile que de trouver des fonds pour développer des projets culturels ou éducatifs. Nous décidons alors de nous attaquer collectivement à cette question de plusieurs manières. D’abord, en apprenant à nous connaître et en partageant nos “bonnes” pratiques dans des groupes de discussion [ndlr : lire notre article "Comment financer les projets de culture scientifique ?"]. Ensuite, en travaillant à la mutualisation des ressources : il est parfois plus facile de se faire prêter du matériel par exemple que d’obtenir une subvention pour l’acquérir. Alors, comment optimiser la circulation des ressources sur notre territoire ?

Le premier Forum des projets

Le premier Forum des projets

L’une des réponses est le développement d’un module dédié aux ressources sur le site web Echosciences Grenoble. Une autre est l’organisation d’un “Forum des projets” pendant lequel des porteurs de projet viennent présenter devant d’autres membres de la communauté leurs actions à venir, en soulignant leurs besoins et offrant des collaborations. Une première édition de ce Forum des projets a eu lieu le 6 mars 2012, mobilisant près de 80 participants autour de 12 projets à venir de culture scientifique dans l’agglomération grenobloise [ndlr : lire notre article "Premier Forum des projets de la culture scientifique"].

Enfin, nous pensons aussi que la question du financement des projets doit s’aborder directement avec les financeurs d’une part, par l’organisation d’ateliers spécifiques afin de mieux comprendre leurs modes et contraintes d’attribution budgétaire et, d’autre part, en explorant collectivement de nouvelles pistes comme le crowdfunding par exemple, le “financement collaboratif” organisé par des sites webs spécialisés tels que KissKissBankBank ou Ulule. Des discussions sont actuellement en cours pour élaborer des partenariats entre des sites de ce type et Echosciences Grenoble.

Vers une version 2 du site Echosciences Grenoble

Au 30 juin, soit 4 mois après son lancement le 8 mars 2012, la communauté en ligne Echosciences Grenoble fédère 220 membres et totalise près de 2600 visites uniques mensuelles. 80 articles ont été publiés, émanant de 26 contributeurs différents. L’agenda est de plus en plus utilisé, même si tous les retours d’usage nous incitent à simplifier encore son utilisation et optimiser son affichage à la une du site et dans la page “vos rendez-vous”. La page Facebook d’Echosciences Grenoble a déjà 207 abonnés et 361 Twittos suivent le compte Twitter @EchoSciGre. Enfin, nous avons démarré un partenariat avec la version web du Petit Bulletin et des premières republications sur le Dauphiné Libéré.

L'équipe d'Echosciences Grenoble en plein live-tweet lors du lancement du programme Inmédiats en févirer 2012

L’équipe d’Echosciences Grenoble en plein live-tweet lors du lancement du programme Inmédiats en févirer 2012

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Tout cela nécessite bien sûr d’être largement optimisé car notre ambition est d’offrir un véritable service efficace et durable à tous les acteurs de la communauté en matière de production et de diffusion d’information sur le web, mais aussi en faisant d’Echosciences Grenoble un outil pour le développement de projets en collaboration, et la porte d’entrée vers l’ensemble des ressources, des contenus et des acteurs culturels scientifiques et créatifs qui, sur l’agglomération grenobloise, sont motivés par le partage et le plaisir de la connaissance, sensibles aux innovations technologiques à leur histoire et à leurs usages, actifs dans la vie locale. Comme nous l’avons écrit dans la page “à propos” du site : “Echosciences Grenoble est à la fois un espace d’information, d’échanges et de ressources qui vise à mieux faire connaître les pratiques et actions de médiation culturelle des sciences et des innovations, et un réseau social permettant de connecter localement chercheurs, artistes, enseignants, designers, étudiants, journalistes, amateurs de sciences, blogueurs, animateurs socioculturels, etc.

A suivre !

>> Notes :

  1. Séminaires organisés en partenariat avec le GRESEC [Groupe de recherche sur les enjeux de la communication] de l’Université Stendhal dans le cadre de l’Appel à projets d’animation scientifique pour l’année 2012  lancé par la Région Rhône-Alpes « Cultures, Sciences, Sociétés et Médiation » (Communauté de recherche académique – ARC5).

>> Illustrations : SylvainP, (Flickr, licence cc), Marion S., La Casemate (Flickr), Ciel Studio pour Echosciences Grenoble, Ilan Ginzburg pour la Casemate

>> Source : article initialement publié par Laurent Chicoineau sur Echosciences Grenoble le 7 juillet 2012

A propos des Communautés

Les dispositifs Cyou, SciencesOnautes, Echosciences font partie des premières initiatives inmediats permettant de mieux connaitre les publics et de les accompagner vers de nouvelles pratiques. Ces outils associent des individus au sein d’une même communauté d’intérêts et favorisent le partage de leurs connaissances au sein de leur réseau.

Les Communautés inmédiats

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Science Animation: 43.611039, 1.462879
La Casemate: 45.197734, 5.732279
Espace des sciences: 48.105386, -1.674927
Cap Sciences: 44.857536, -0.560130
Relais d\'sciences: 49.190116, -0.303403